Pourtant, cinq ans après l’adoption de la loi qui renforce l’obligation d’emploi des entreprises, le taux de chômage des personnes handicapées est encore de 20 %, (le double de la moyenne nationale) et les travailleurs handicapés restent deux fois plus longtemps au chômage.
Si L’ADAPT note des améliorations, il n’en reste pas moins des caps à franchir pour faciliter l’accès à l’emploi des personnes en situation de handicap.
À ce jour, sur les 129 100 établissements(1) assujettis à l’obligation d’emploi de travailleurs handicapés, près d’un sur deux ne remplit pas encore ses obligations légales et 22 % n’en emploient aucun(2).
Si L’ADAPT note des améliorations, il n’en reste pas moins des caps à franchir pour faciliter l’accès à l’emploi des personnes en situation de handicap.
Les entreprises sont nombreuses à évoquer le manque de qualification des travailleurs handicapés. Or, la question de l’emploi arrive à la fin d’un long processus qui débute dès l’enfance. Aujourd’hui, l’accès à l’école, au collège, à l’université, aux grandes écoles, reste insuffisamment ouvert aux personnes handicapées qui se heurtent à de nombreux obstacles.
Dans les écoles maternelles ou les établissements élémentaires, dans les collèges et les lycées, alors qu’en 6 ans le nombre d’élèves handicapés scolarisés a fortement augmenté, cette croissance très positive a été mal anticipée. Le corps enseignant dans son ensemble n’y est toujours pas préparé. Actuellement, plus de 20 000 enfants ne seraient toujours pas scolarisés à l’école de la République.
Parmi les personnes handicapées qui ont atteint le niveau bac, seules 20 % poursuivraient des études supérieures. Pourquoi ? Par manque d’information et d’orientation, d’accessibilité, ou tout simplement par peur de ne pas y arriver ?
Dans l’enseignement supérieur, malgré les efforts déployés, les étudiants handicapés ne représenteraient en 2009 que 0,5 % de la population étudiante totale.
Dès lors, il devient clair pour L’ADAPT que la formation doit être repensée. Surtout quand 85 % des cas de handicaps surviennent au cours de la vie.
Il est donc essentiel que l’accès à la formation des travailleurs handicapés adultes puisse s’organiser autour d’un vrai projet professionnel.
Le retour à l’emploi passe souvent par des étapes préalables de remobilisation, de remise à niveau et de préformation nécessaires à l’acquisition des contenus de formation qualifiantes.
Malgré les efforts des différents acteurs concernés par la mise en œuvre des contrats d’apprentissage(3) comme des contrats de professionnalisation jeunes et adultes(4) , ces dispositifs ne sont pas suffisamment utilisés.
Au niveau du cadre institutionnel, on constate que les Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH), créées en 2005 sur l’excellent modèle du guichet unique, souffrent d’un manque de personnel formé au handicap et à l’orientation professionnelle des personnes handicapées. Quand à CAP Emploi (5) , un chargé d’insertion y a en moyenne la responsabilité effective de 250 à 300 dossiers. Comment dans ces conditions peut-il accompagner chacun correctement, notamment ceux qui ont besoin d’un suivi spécifique ?
En dépit de la situation observée, L’ADAPT NE BAISSE PAS LES BRAS !
En lien avec des représentants élus des personnes handicapées, des personnalités issues du secteur associatif(6), des sociologues du handicap et des spécialistes venus du milieu de l’entreprise, elle a mené un travail de réflexion pour identifier des priorités d’action.
Parce qu’elle est engagée depuis sa création en 1929 sur le terrain de l’emploi, et a organisé 14 éditions de la Semaine pour l’emploi des personnes handicapées, Parce qu’elle a participé à l’élaboration de la loi pour « l’égalité des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » en 2005,
Parce que l’intégration dans le monde du travail doit être une réalité pour les personnes handicapées qui peuvent y prétendre…
L’ADAPT fixe 4 priorités pour améliorer concrètement l’accès à l’emploi des personnes handicapées :
Priorité n°1 : Parler métier avant de parler emploi
Valoriser l’expérience professionnelle.
Considérer les carrières atypiques et les parcours originaux.
Prendre en compte l’ensemble des capacités et des motivations de la personne handicapée autour de son projet professionnel.
Travailler sur des filières innovantes, des nouveaux métiers porteurs d’emploi en collaboration avec les entreprises et les branches professionnelles.
Priorité n°2 : Adapter et développer la formation et l’alternance
Créer des formations spécifiques et assouplir les cadres de formations existants pour les adapter à des métiers qui offrent de réels débouchés.
Personnaliser l’accompagnement des personnes handicapées par des « tuteurs » qualifiés, tout au long de leur parcours de formation.
Développer la mise en place de formation en alternance dans les Centres de Rééducation Professionnelle (CRP).
Développer la validation des acquis de l’expérience.
Priorité n°3 : Manager autrement
Favoriser le tutorat au sein de l’entreprise afin de veiller à un transfert optimal des compétences acquises en formation.
Anticiper l’évolution des situations de handicap pour favoriser le maintien dans l’emploi.
Sensibiliser managers et équipes à l’arrivée du nouveau collaborateur.
Prévoir l’aménagement des postes en amont et promouvoir la diversification des rythmes de travail et le télé-travail.
Développer les contrats de mise à disposition des personnes handicapées pour les entreprises. Un principe qui prévaut dans les ESAT (Établissements et services d’aide par le travail) Hors-les-murs.
Priorité n°4 : Travailler avec et pour les générations futures
Faire travailler ensemble établissements scolaires, services de l’emploi, entreprises et collectivités territoriales.
Encourager la rencontre et le partenariat jeune handicapé – jeune valide.
Faciliter l’intégration scolaire et universitaire des jeunes handicapés dans les établissements de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur.
Former les professionnels de l’Éducation nationale à l’accueil des enfants et des jeunes handicapés.
Accroitre la représentation du handicap dans tous les compartiments de la vie civile (médias, politique…).
Les 4 Priorités Handicap 2011
• Parler métier avant de parler emploi
• Adapter et développer la formation et l’alternance
• Manager autrement
• Travailler avec et pour les générations futures
Dans une société où l’égalité des droits et des chances est reconnue par la loi, l’autonomie de la personne en situation de handicap est une question de moyens engagés, mais aussi de respect des dispositions en vigueur.
Pour que la personne handicapée puisse prendre toute sa place, L’ADAPT en appelle à l’engagement de tous
- pouvoirs publics, entreprises, associations et citoyens – afin d’inscrire dans la pratique quotidienne la dynamique d’insertion professionnelle de la personne handicapée définie par la loi. Il s’agit désormais d’utiliser aux mieux les lois et les institutions existantes pour entreprendre une révision courageuse des pratiques professionnelles et faire évoluer favorablement la situation des personnes handicapées. C’est là un pas essentiel sur la voie qui conduit à l’autonomie et à l’accès des personnes handicapées aux même droits, mais aussi aux mêmes services, que ceux dont nous jouissons tous.
(2) Sources www.agefiph.fr
(3) Il s’agit des contrats d’apprentissage aménagés.
(4) La loi orientation et formation du 18 juillet 2010 a étendu les contrats de professionnalisation jeunes et adultes aux titulaires de l’Allocation d’Aide aux Handicapés (AAH).
(5) CAP Emploi : structure destinée à favoriser l’accès au travail des demandeurs d’emploi handicapés
(6) Merci aux représentants des associations et des organismes suivants : AFTC, APF, DMF, FAGERH, FEDEEH et ONISEP.
